Le premier banc qu`elle trouva fut le bon. Libre, comme tous, et agréablement placé devant l`étendue de verdure qui jonchait chaque allée du parc. L`herbe brillait encore, humidifiée par la fonte de la neige fraîchement tombée au matin. Elle fit de son mieux afin d`essuyer sa place, puis s`assit en tailleur. Il n`y avait pas de feuilles encore accrochées aux arbres pour répondre à l`appel du vent. Seul l`air, lorsqu'il se faufilait à toute allure pour se cogner contre chaque obstacle, émettait de doux froissements. Jamais son esprit ne fut si calme, tournoyant posément devant les couleurs du ciel, passant du bleu au rose, du rose au violet, et du violet au noir dans quelques heures. Le soleil s`en allait lui aussi réchauffer ses branches vers d`autres endroits. Si la nuit devait pointer son nez avant son départ, elle n`aurait pas peur. Ces instants-là n`étaient faits que d`illusoire. Tout passait par son esprit, rencontrait ses songes, tel un état second, chaque chose devenait piètrement facile, c`est pour cela qu`elle se sentait si sereine.
N`essayez jamais de comprendre comment cela se fait-il, ni pourquoi de tels moments viennent apaiser vos réalités. Il suffit d`une mélodie, d`un dialogue lu ou d`une scène visionnée. Il vous suffit juste d`un peu d`art et de beaucoup d`imagination. D`un inconscient révélé durant ces égarements. L`écho d`une chanson, d`un livre, d`un film, d`une peinture, l`ambiance d`un rêve, la magie du spectacle. Pendant des heures elle se contentait de poser son corps, comme son c½ur, et d`allier ses yeux à l`imaginaire. Là où la tournure d`une vie serait imparfaitement idéale. Ou chaque détail était minutieusement présent, et terriblement agréable à observer. Ces jours-là ne comptaient pas comme merveilleux, mais comme les siens. Ses propres journées, juste à elle, ou rien n`existait plus. Pourquoi l`illusion lui était-elle plus chère que le reste ?
Parce qu`aucune autre chose ne pouvait affecter ses désirs. Aucune fatalité, aucun malencontreux hasard.
L`heure défilant, le temps se fit plus glacial. Paradoxalement, son corps s`était détendu au plus au point. Elle patientait sans grimacer, sans aucune gêne, sans même battre le temps. Elle savait que dans quelques minutes tout au plus, des mains se poseraient sur ses yeux, subtile devinette alors qu`il n`y avait personne aux alentours. Ramassant ses affaires, elle se lèverait en jetant un dernier aperçu au décors qu`elle avait tant observé, le modifiant à sa guise sans que quiconque ne vienne troubler ses fantasmes. Ses yeux se poseraient sur son accompagnateur, et elle sourirait, d`une autre manière. La réalité reviendrait sous les traits d`un compagnon, tout aussi présent devant elle que dans ses rêveries perpétuelles. Même si, seule, elle ne pourrait plus laisser cours à son imaginaire, c`est accompagnée qu`elle reviendrait doucement à son existence, partageant encore inconsciemment ce à quoi elle avait aspiré auparavant. Alors sa journée se finirait aussi doucement qu`elle avait commencé. Tout était bien. Tout irait bien.




